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 Le clapot ou la houle? Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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REGARD sur le MONDE : 

CLAPOT EN SURFACE,  HOULE EN PROFONDEUR :    « Il existe deux sortes d'agitation en mer : le clapot en surface et la houle en profondeur. Le clapot ne mobilise qu'une certaine épaisseur d'eau, la houle toute la hauteur de la mer. Selon une bizarrerie maritime, clapot et houle ne vont pas dans le même sens

            Si nous restons au niveau du clapot, de l'événement, on constate le barricadement identitaire, les micro-nationalismes, les particularisations.

 Au niveau de la houle, on observe le statut des femmes, l'âge moyen du mariage, la démographie... »

 Jean-Claude GUILLEBAUD

« Le commencement d'un monde. Vers une société métisse»

 

Voici, aimablement transmis par un auditeur, des notes après une conférence organisée par le CERA aux Herbiers en Vendée le 12 juin 2009 . Le conférencier était  Jean-Claude GUILLEBAUD. Grand reporter, journaliste et auteur de plusieurs ouvrages. 

 J.Cl.G. :

« Merci pour votre accueil. Je suis content d'être là. Je voudrais m'expliquer une bonne fois pour toutes sur mon optimisme, peu courant en ce moment… Dans mon petit village de Saint  Germain des Prés, je tranche avec mes confrères éditeurs car l'heure est au discours de   l'angoisse. Dans ce type de discours, il y a de la sottise et des éléments erronés.

La première question que l'on me pose est la suivante : « Comment faites-vous pour être aussi optimiste ? » Je voudrais d'abord dire que je ne le suis pas à la manière du ravi de la crèche.

Je ne suis pas naïf, mais optimiste de façon stratégique. Je suis en cela l'idée de Robert K. MERTON qui avait parlé de « Self-defeating prophecy », ou « prophétie autoréalisatrice ». Il s'agit d'une prophétie qui se réalise parce qu'une ou plusieurs personnes croient qu'elle doit se  réaliser : elle se produit lorsqu'une croyance a modifié des comportements de telle sorte que ce qui n'était que croyance advient réellement. Cette idée de prophétie auto-réalisatrice peut s'appliquer à toutes sortes de sujets. Par exemple, le discours de la plupart de nos éditorialistes évoquait il y a quelques temps la terrifiante menace du terrorisme. Bien sûr, nous trouvons tous  que le terrorisme est une chose épouvantable, une abjection intégrale. Pour autant, en termes militaires, le terrorisme ne pèse rien ! Il tue entre 1 000 et 1300 personnes par an dans le monde.

Ce n'est rien en comparaison de nombreuses guerres. Ce n'est donc pas une arme militaire mais psychologique. Chaque fois que l'on dramatise le thème du terrorisme, que l'on exagère ce  discours, on fait exactement ce qu'attend Ben Laden !

 

Ce concept de prophétie auto-réalisatrice peut se lire à l'aune du monde : « Les chinois vont nous envahir, les jeunes ne font plus rien, l'Europe n'est qu'une utopie,… »

Face à des situations inquiétantes, il faut être churchillien : la meilleure parade est de conserver son sang-froid.

Puisque nous sommes réunis en Vendée, je vous propose une métaphore maritime. Les  marins savent qu'il existe deux sortes d'agitation en mer : le clapot en surface et la houle en profondeur. Le clapot ne mobilise qu'une certaine épaisseur d'eau, la houle toute la hauteur de la mer. Selon une bizarrerie maritime, clapot et houle ne vont pas dans le même sens. Dans le ciel   d'ailleurs, c'est pareil. Cirrus et cumulus avancent dans des sens différents.

Dans la marche du monde, ça se passe de la même manière. J'ai passé 20 ans de ma vie  à couvrir des catastrophes dans le monde entier. J'étais dans le clapot. Il est arrivé un moment où  j'ai voulu m'intéresser à la houle. La crise est évidemment grave, sérieuse, mais elle se situe dans  le clapot. Je voudrais avec vous m'intéresser à la houle, pêcher plus profond. J'ai essayé de  travailler à un autre niveau pour comprendre les mouvements déterminants et j'ai pris conscience  vers 1994 de ce que je pressentais confusément. En définitive, au niveau de la houle, on n'est pas   dans la crise mais dans une « période axiale » comme le dit Karl JASPERS. Il s'agit d'une période  comme il en survient à peu près tous les 1 000 ans. Nous sommes en train de vivre une phase axiale, c'est à dire un temps où l'humanité dans son ensemble change d'ère. Il y a eu d'autres   périodes axiales. JASPERS s'était beaucoup intéressé au Vème siècle avant Jésus-Christ, période  troublante où ont surgi en même temps les grands prophètes juifs, le bouddhisme, l'hindouisme, les grandes religions. Une autre période axiale : la fin de l'Empire romain. Le sac de Rome, c'était en quelque sorte le 11 septembre 2001 de l'Empire romain. L'époque connaissait aussi le  terrorisme, notamment chez les anciens donatistes1 qui pratiquaient les attentats kamikazes et que  l'on appelait les Circoncellions2 dans l'Algérie de l'époque. La Renaissance a été une autre période axiale. Nous avons pris l'habitude d'en parler sur un mode positif : la Renaissance, les lumières entrant dans les châteaux, la découverte du Nouveau Monde, l'émergence de la science.

Mais cela a aussi été vécu par les contemporains comme l'effondrement d'un vieux monde : la  chrétienté médiévale. On oublie que la Renaissance a été vécue bien souvent sur le mode de la  nostalgie et de l'Apocalypse. Enfin, le siècle des Lumières, qui a débouché sur la Révolution    industrielle et la modernité, a été une autre période axiale.

 Nous vivons une de ces grandes mutations. Le vieux monde est en train de disparaître avec nos repères. Un nouveau monde surgit. Est-ce une catastrophe ?

Pas forcément. Ce type  d'ère représente un bouleversement pour les contemporains mais pas au fil de l'Histoire.

Au cours de la révolution néolithique, il y a 12 000 ans, les hommes sont passés de l'état de nomade à celui de sédentaire, ils ont en partie abandonné la chasse au profit de l'élevage, de cueilleurs ils sont devenus agriculteurs. Michel SERRES pense que nous vivons une révolution aussi profonde que la révolution néolithique.

Pendant près de 10 ans, entre 1984 et 1994, presque tous les colloques, dans toutes les disciplines du savoir (sciences dures et molles), ne traitaient que d'une question : « qu'est ce qui nous arrive ? »

GANDHI disait « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse ». J'ai eu envie de m'intéresser davantage au monde en train de naître. Il y a suffisamment de gens quis'intéressent au monde qui disparaît pour ne pas venir grossir ce groupe. Je ne suis pas contre la nostalgie, il m'arrive même de l'éprouver, mais ça ne mène pas très loin. On idéalise le passé, on  se complaît dans des thèses conservatrices. Plutôt que d'être « déclinologue », je suis  « assomptiologue ».

J'ai lu chez une jeune écrivaine indienne : « Le vieux monde est en train de disparaître. Nous ne savons pas si nous vivrons suffisamment pour voir le suivant naître, mais à bien réfléchir,  quand tout est calme, je l'entends respirer ». J'éprouve la même chose.

 

Michel CAMDESSUS, ancien Directeur général du FMI, déclare « Nous ne sommes pas en train de vivre une révolution mais 4 révolutions en même temps. Notamment sur les plans idéologique et politique, mais on ne prend pas le temps d'en mesurer les enjeux ». Elles sont liées,  interfèrent les unes sur les autres. Je vais maintenant développer davantage le thème de ces4 grandes transformations :

 

Révolution économique :

Je veux parler de la mondialisation, la globalisation, phénomène apparu à partir du début des années 80. On en a parlé en termes purement idéologique au départ. En bien ou en mal. C'est idiot car c'est à la fois une opportunité formidable, prenez par exemple le décollage de l'Inde, et une source de catastrophe puisqu'elle induit la ruine de nos industries. N'en parler qu'en bien ou  en mal empêche toute objectivité. C'est déconnecter l'économique et le politique. L'économie de   marché peut être comparée à un cheval puissant capable de produire beaucoup de richesses mais   également capable de ruer ! Il a besoin d'être domestiqué. Ce cheval était harnaché à l'intérieur de  l'état-nation depuis un siècle et demi. Aujourd'hui, il a désarçonné son cavalier et caracole dans le   monde entier sans que personne ne puisse plus le contrôler. Depuis septembre dernier, on dit qu'il faut davantage de régularisation, autrement dit, il faut passer le licol au cheval, réinventer une économie de marché et une démocratie. Nous en avons au moins pour 30 ans à maîtriser le cheval ! Il existe des moyens pour réguler, l'OMC, le FMI,… Il existe déjà mille actions à l'œuvre   pour refonder la démocratie. Il dépend de nous que les avantages surpassent les inconvénients.

 

Vous pouvez me dire « D'accord, mais que pouvons-nous faire, nous, aux Herbiers ? » Et bien   pour vous répondre, je vais vous raconter une petite histoire très parlante. C'est celle du petit colibri. « Un gigantesque incendie ravage la forêt. Les animaux fuient, impuissants face à la   progression inexorable des flammes. Seul un minuscule colibri s'active. Il plonge dans la rivière, recueille une goutte d'eau dans son bec, va la jeter sur le brasier et recommence. « Colibri, tu sais  que tu ne peux rien tout seul contre cet incendie, tu sais que la goutte que tu jettes dans les  flammes n'a aucune chance de l'éteindre ? » lui disent les animaux de la forêt. « Je le sais, répond     le colibri, mais je fais ma part ».

 

Révolution digitale, ou informatisation du monde :

Sans nous prévenir, on a ajouté un 6° continent au monde. Un continent bizarroïde puisqu'il se trouve partout et nulle part et s'accroît sans cesse. On ne sait pas le définir par le temps et l'espace. On ne sait pas non plus le réglementer et l'organiser. On ne peut pas y faire régner le droit, on ne peut rien y interdire. Il y a des gens qui y travaillent, réfléchissent à la manière de faire régner le droit sur Internet. Pensez à l'affaire HADOPI. On constate à quel point il s'avère compliqué, voire impossible, de contrôler les échanges. Toutes les activités humaines  quittent la terre ferme pour gagner ce 6° continent. Les marchés financiers ne sont plus depuis   longtemps sur la terre ferme alors que vous, chefs d'entreprises, vous être toujours dans la  gadoue !

 

La culture aussi subit cette révolution extraordinaire : 3 000 ouvrages par mois passent sur la Toile. C'est vrai aussi de la musique et du cinéma. Un film de 3 heures pourra bientôt être téléchargé en 2,5 secondes.

Le processus éducatif évolue également. Vous avez entendu parler des dissertations-Google ! Les élèves ont recours au collage. La culture humaine change, ce qui engendre des processus éducatifs radicalement différents, et une école qu'il nous faut repenser.

Internet nous oblige à tout réinventer. La révolution informatique a transformé le concept de l'échange.

Jusqu'à présent, il existait 3 modes d'échanges des biens : la vente, le troc et le don.

L'objet dans tous les cas passait d'une personne à une autre. Aujourd'hui, l'objet est transmis mais  reste le plus souvent aussi acquis au cédant. Par exemple, je possède tous les disques de  Charlebois, par Internet je les transmets mais je les garde aussi. Le concept gagnant / gagnant est   en pleine évolution.

Nous ne sommes qu'au début d'une prodigieuse révolution, pour le meilleur et/ou pour le  pire !

Autre exemple : nous pouvons aujourd'hui visiter toutes les cathédrales de France en quelques clics, dans des conditions souvent meilleures que si l'on se trouvait physiquement dans   les lieux. C'est à la fois prodigieux et terrifiant !

 

Révolution génétique :

Celle-ci a commencé au milieu des années 50 par la découverte de la structure en hélice de l'ADN. Nous avons aujourd'hui les moyens d'inventer des espèces nouvelles, OGM mais aussi animales. Des scientifiques japonais ont créé la première lignée de singes transgéniques fluorescents, des lapins ont suivi. Ces animaux sont capables de se reproduire.

Nous allons devoir réinventer la structure de la parenté puisque nous allons pouvoir prochainement revendiquer 5 parents. Je vous signale d'ailleurs en passant qu'il existe des sites  de vente de spermes par Internet. Le montant à payer est plus ou moins élevé suivant le niveau d'études du donneur !… Mais revenons à nos 5 parents :

- Père génétique par don de sperme,

- Mère génétique par don d'ovocytes,

- Mère porteuse,

- Mère adoptive,

- Père adoptif, ces deux derniers vont élever l'enfant pendant une vingtaine d'années.

 

Un anthropologue français, Maurice GODELIER, dans la transformation des structures de la parenté, explique que cette révolution génétique est porteuse du pire comme du meilleur (lorsqu'elle permet des avancées médicales). Il sera toujours nécessaire de prioriser le meilleur au  sein des comités d'éthique, mais en réalité le véritable arbitrage se fait par l'argent. Les véritables décisions sont prises selon les lois du marché !

 

Révolution écologique :

Des entreprises humaines extraordinaires, prométhéennes, mettent le monde en péril. Or nous avons un impératif de sauvetage du monde. Cette nécessité absolue fait son chemin, il suffit  pour s'en rendre compte de se référer au succès écologique des dernières élections européennes.

Comme je vous le disais tout à l'heure, ces 4 pôles interfèrent. Ils jouent un rôle à peu près équivalent aux variables de la révolution néolithique. La différence radicale entre ces bouleversements se trouve dans les délais. La révolution actuelle s'étale sur 25 ans. Les transformations sont plus rapides que la pensée. L'inquiétude qui nous saisit vient du fait que nous nous trouvons dans un nouveau monde impensé. Je trouve pour ma part formidable de pénétrer dans un monde impensé car nous sommes assignés à tout repenser.

Demain seront dévoilés les résultats des élections iraniennes, je les attends avec une grande impatience car d'immenses changements vont probablement en découler. Mais que va-t-il  advenir de ceux-ci ?

Le plus surprenant dans cette crise, c'est qu'elle était annoncée depuis plus de 10 ans à travers de nombreux ouvrages. Le livre de François MORIN par exemple, «  Le nouveau mur de  l'argent », décrivait précisément ce qui allait se produire. Dans cet ouvrage, il est montré que  l'histoire monétaire et financière que la France a connue dans l'entre-deux guerres (avec les  gouvernements du Cartel des gauches) est en train de se répéter, mais cette fois-ci, dans une   dimension autrement plus importante puisqu'elle se situe à l'échelle mondiale : un nouveau « mur de l'argent » est dressé depuis une dizaine d'années par les grandes banques internationales, qui   a pour résultat de contrer la volonté des politiques et notamment des gouvernements   démocratiquement élus. La logique financière a pris le pas sur la logique économique. Aujourd'hui,   je peux spéculer à 10h pour gagner à 11h !

 

Cette crise avait beau être annoncée, on n'y croyait pas, et elle s'est produite. Les politiques parlent d'imprévisibilité de la crise. Mon oeil ! C'était tellement prévu !

Quantité de risques ne sont pas mesurables mathématiquement lors d'un prêt bancaire.

Multipliée par des centaines de milliers de cas, cette prise de risques n'aboutit pas au résultat escompté. L'économie politique est devenue une branche des mathématiques. C'est une folie dénoncée par de nombreux économistes depuis longtemps !

Ce qui nous amène à prendre en   compte l'importance du rôle de la bêtise humaine dans la marche du monde !

 

Le 29 janvier 2002, jour où le Président BUSH a prononcé son discours sur l'état de l'Union, il a parlé de « la croisade face à la barbarie ». Ce discours m'a pétrifié. Non pas parce que   BUSH y parlait de l'horreur des scènes de terrorisme du 11 septembre mais parce qu'il se plaçait dans « les forces du Bien » ! Je me suis dit : « Ce type va nous embarquer dans une voie désastreuse ». Peu à peu, on devient aussi barbare que les barbares que l'on combat. J'ai vu ce  jour-là ressusciter la théorie du «choc des civilisations » de Samuel HUNTINGTON. Cette théorie   disait en substance que, dans un premier temps, les guerres avaient lieu entre les princes qui voulaient étendre leur pouvoir, puis elles ont eu lieu entre États-nations constitués, et ce jusqu'à la  Première Guerre mondiale. Puis la révolution russe de 1917 a imposé un bouleversement sans précédent, en ce qu'elle promouvait une idéologie. Ainsi dès ce moment, les causes de conflits ont cessé d'être uniquement géopolitiques, liées à la conquête et au pouvoir pour devenir idéologiques. Cette vision des relations internationales a trouvé son point d'aboutissement dans la Guerre froide, en ce qu'elle constituait l'affrontement de deux modèles de sociétés.

 

Huntington affirmait qu'il fallait désormais penser les conflits en termes non plus idéologiques mais culturels :

« Dans ce monde nouveau, la source fondamentale et première de conflits ne sera ni idéologique  ni économique. Les grandes divisions au sein de l'humanité et la source principale de conflits sont  culturelles. Les États-nations resteront les acteurs les plus puissants sur la scène internationale,   mais les conflits centraux de la politique globale opposeront des nations et des groupes relevant de civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera la politique à l'échelle planétaire. Les  lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front des batailles du futur. »

Perspective terrifiante ! Lorsque ce livre est paru, les intellectuels en ont ri, trouvant cette vision du monde   enfantine. En revanche, le discours d'HUNTINGTON a beaucoup plu aux médias qui lui trouvaient un petit air de western. Cette thèse a connu un formidable succès médiatique dans le monde   entier alors qu'elle était fausse. BUSH la reprenait dans son discours.

 

 Pourquoi cette théorie est- elle fausse ?

Je vais vous donner deux principaux arguments. D'une part, depuis 25 ans, les   violences ont eu lieu avant tout à l'intérieur d'une même civilisation. D'autre part, dans cette  théorie, chaque civilisation est considérée comme une entité éternellement fixe, immuable. Hors  les étudiants Chinois connaissent Proust, Flaubert, Johnny Halliday,… Le sport national indien est  le cricket. Les sociétés évoluent sans cesse par imprégnations réciproques, rencontres.

Cette idée de choc des civilisations est une thèse enfantine.

Si nous restons au niveau du clapot, de l'événement, on constate le barricadement identitaire, les micro-nationalismes, les particularisations.

Au niveau de la houle, on observe le statut des femmes, l'âge moyen au mariage, la démographie,… toutes les sociétés se rapprochent de nos modèles occidentaux. Il n'y a pas d'exemple plus spectaculaire que l'Iran. Je peux vous en parler en connaissance de cause parce  qu'entre 1976 et 1979, j'ai beaucoup couvert la révolution islamiste avec Khomeiny. Aujourd'hui,  c'est une république islamiste de 30 ans d'âge, dirigée par un cinglé. Ça, c'est la croûte visible.

Plus profondément, la société civile iranienne s'est modernisée au cours des 20 dernières années. Elle s'est davantage modernisée qu'au temps du Shah d'Iran, notamment sous l'impulsion des femmes. La société civile iranienne n'a rien à voir avec ce que nous voyons du clapot.

Il en va de même pour le Viêt-Nam, société apparemment figée, dictatoriale, communiste.

En réalité, tout le monde s'en moque. C'est un pays plein d'une extraordinaire vitalité qui use de  ruses quotidiennes.

Cette mutation est liée, et c'est un acte de foi, au fait que l'Occident n'est plus le centre du monde. Nous n'en sommes plus les « patrons ». La culture européenne a dominé le monde pendant 4 siècles, nous avons ensemencé le monde mais nous n'en sommes plus le centre.

 

Cette  représentation du monde n'est plus pertinente car celui-ci est aujourd'hui multi-centré. Les pays   que nous avons réveillés réclament la parole. Face à cette situation, il existe deux manières de réagir. Celle de BUSH et celle d'OBAMA.

Le premier dressait une barricade contre les barbares, réagissait en chef d'une citadelle assiégée, niant par là même ce qui a fait notre supériorité culturelle. C'était se réduire au comportement d'un état tribal.

Je souhaite maintenant parler de l'élection d'OBAMA qui s'avère être un événement absolument capital, même si à terme nous en venions à constater qu'il n'aurait pas été un bon  Président. Ce grand pays a été capable d'envoyer un métis à la Maison Blanche. Il s'agit d'un  message de partage, de coopération et de dialogue à l'égard du monde entier. Nous pouvons y lire  la récusation magistrale de la théorie d'HUNTINGTON.

Quand Lehman Brothers a fait faillite, c'était un jeudi. C'est ce même jour que les Chinois ont envoyé leurs 3 premiers cosmonautes dans l'espace. La semaine suivante, l'Inde plaçait son premier satellite en orbite. Ces petits signes nous indiquent à coup sûr qu'un monde est en train de naître.

 

 ****************************************

Débat :  Je vis heureux, j'ai vécu heureux, j'ai de la chance, mais combien de personnes allons-nous  laisser au bord du chemin durant cette révolution profonde ?  J'ai envie de vous répondre qu'il s'agit d'une question qui nous habite tous. Il y a de plus en plus  de gens qu'on laisse chez nous au bord du chemin. La précarisation s'est accrue. Il est de plus en  plus difficile pour nos jeunes d'entrer dans cette fichue société. Une société incapable d'intégrer sa  jeunesse, c'est grave ! D'ailleurs, nous avons constaté 80% d'abstention des jeunes aux dernières  élections…

Dans le même temps, il y a des centaines de millions de personnes qui étaient hors du chemin et  qui ne le sont plus. 350 millions d'Indiens font aujourd'hui partie de la classe moyenne, ce qui est une progression incroyable !

La même remarque est d'actualité pour le Brésil et d'autres pays  d'Amérique du Sud. En Inde aujourd'hui, 95% des touristes sont des Indiens !

 

Dans une chronique du journal « La vie », vous avez écrit que la France ressemble à une cocotte  minute qui couve des colères catégorielles. Une explosion sociale est-elle à craindre à votre avis ?

Je ne sais pas et me méfie des prévisions. Une flammèche suffit ! Et je me dis que depuis 30 ans, il est surprenant que l'explosion dont vous parlez n'ait pas eu lieu. L'action innombrable des gens anonymes, comme ceux qui oeuvrent au sein d'ATD quart monde, du Secours catholique,… permet de tenir debout. J'appelle ces personnes « les sentinelles du désastre».

 

Que pensez-vous de la démographie galopante du monde par rapport aux ressources  alimentaires ?    Je suis un ami proche d'Edgar PISANI qui a maintenant 90 ans. Il nous arrive fréquemment  d'évoquer ensemble ces questions-là.  Les démographes nous disent que la progression de la courbe démographique ralentit plus vite qu'on ne le pense. De nombreux agronomes affirment que la planète dispose de quoi nourrir  11 millions d'habitants. Le problème est plus politique que technique puisqu'il est avant tout de    l'ordre de la répartition.  Sur ce point, la tonalité générale est beaucoup moins alarmiste qu'il y a 20 ans.

 

Pouvez-vous nous parler de la question de la communication dans le monde ?

Nous sommes, nous journalistes, de plus en plus soumis au crétinisme médiatique. La machinerie  informative fait circuler l'information à la vitesse de la lumière. Nous sommes soumis à un « déluge informatif ». Plus personne ne contrôle l'information, y compris les journalistes.

Je pense par exemple à la pendaison de Saddam HUSSEIN filmée avec un téléphone portable un samedi matin. Le samedi à midi, une journaliste présentant un journal sur la chaîne de télévision  du service public annonçait que l'ensemble de ces chaînes avaient décidé de ne pas passer ces images odieuses. Quelques heures après, ces images étaient bien sûr disponibles sur Internet…

 

Comment imaginer le journalisme de demain ?

La situation mondiale de la presse écrite est catastrophique. Il existe des solutions alternatives qui impliquent la prolétarisation des journalistes. La presse est comme l'école, l'Eglise, dans une situation dramatique. Il faut se montrer inventif pour la sauver.

Je profite de votre question pour vous signaler que « Courrier International » est le seul journal que les jeunes achètent. Il s'agit d'une publication remarquable.

Le journal « 21 » est également excellent. C'est une publication récente de grands reportages qui  a un succès considérable, en dépit des nombreux avis défavorables qui ont accompagné sa  création. C'est le courage et l'inventivité de ses deux créateurs que je veux ici saluer.

 

Ne peut-on s'interroger sur le bien-fondé de certaines décisions comme le sauvetage de General Motors ?

Nous devons effectivement accepter que les choses disparaissent. Je travaille pour une maison d'édition créée il y a 70 ans, le Seuil, qui est en train de couler. Eh bien oui, rien de sert de se  cramponner à ce qui ne fonctionne plus.

 

Que conseillez-vous aux jeunes ?  Il faut qu'ils aillent voir ailleurs. Voyager, s'ouvrir au monde. Il faut qu'ils aient cette audace-là  plutôt que de végéter dans la vieille Europe.  Ce qui est fini à tout jamais, c'est de se reposer sur ses diplômes. On est étudiant toute sa vie,  sinon la culture n'a pas de sens. Il convient de toujours se trouver dans le flux, dans le courant.

 

Que conseillez-vous aux politiques ?  Je suis très hostile à la démagogie antipolitique. Il faut une sacrée dose de courage et d'opiniâtreté   pour faire de la politique, et les médias les traitent de la pire façon. Lorsque j'étais jeune  journaliste, on était en résistance par rapport aux politiques. Aujourd'hui, c'est le contraire, ce sont   les politiques qui doivent se garder des médias. On assiste à un cafouillage dramatique. Nicolas  SARKOZY est le premier enfant de la télé à être parvenu à la fonction de Président de la  République. Nous constituons des univers durs pour les politiques. Je vois arriver le moment ou les citoyens prendront la défense de leurs hommes et femmes politiques.

 

Vous êtes rassurant sur le mélange des cultures orientales et occidentales. Pourtant, le problème  de l'intégrisme n'est pas un détail !

La religion ne va pas disparaître. Je vais vous en donner pour preuve une petite devinette : «Au fond, quelle est la vraie différence entre un homme et un gorille ? Eh bien c'est que seul l'homme peut faire la différence entre de l'eau plate et de l'eau bénite ». Cette devinette atteste la   revendication de l'homme à la spiritualité. La dimension spirituelle est le propre de l'homme.  Voyez plutôt, la Russie s'est rechristianisée en 20 ans. En 1988, il restait 4 monastères en Russie, habités par des moines âgés. 80% des églises n'en étaient plus. 20 ans après, 450 monastères  sont en activité peuplés de jeunes moines. Toutes les églises ont été restaurées, consacrées et  sont remplies de fidèles. Le côté négatif de la religion, c'est bien sûr l'intégrisme, que l'on trouve dans toutes les religions.  Mais les deux phénomènes ont lieu en même temps. C'est cela qui est important.

 

Il peut également exister une spiritualité sans Dieu comme en parle André COMTE-SPONVILLE.   Oui, bien sûr. Mais je signale puisque vous l'avez cité, qu'André COMTE-SPONVILLE est pétri de valeurs chrétiennes… Un grand différend nous oppose tous les deux s'agissant de sa négation de l'Espérance. André COMTE-SPONVILLE reproche aux croyants de sacrifier

sacrifier le présent au profit de l'Espérance. Or j'affirme que pour un chrétien, l'Espérance concerne l'avenir mais se vit également au présent.

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 10-12-2009 à 04h53

 La Bible sur Internet Alerter l'administrateur Recommander à un ami Lien de l'article 
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Dans le quotidien « LA CROIX »  du 27/11/2009 on peut lire sous la plume de Nicolas Senèze

« Des dizaines de bibles à portée de clic »



À l'occasion de la Semaine de la Bible, du 29 novembre au 6 décembre, regard sur les textes et outils bibliques disponibles sur Internet :

La Bible sur Internet ? Vaste programme ! Et surtout vaste choix, tant les traductions y sont nombreuses. Mais laquelle choisir, justement ? Les plus présentes sur la Toile francophone sont celles de John Darby (1859) et Louis Segond (1910), deux traductions protestantes qui présentent l'inconvénient d'être ancrées dans le protestantisme de la fin du XIXe siècle. Mais, libres de droits, elles sont présentes sous toutes les formes sur la Toile, y compris en MP3...

Il est nettement plus difficile de trouver sur la Toile des traductions plus scientifiques de la Bible. Les Éditions du Cerf ont bien mis en ligne
la Bible de Jérusalem, mais en PDF et sans aucune possibilité de recherche. Biblia, la revue du Cerf consacrée à la Bible, a elle aussi sa version de la « BJ », mais sans les notes. Et il faut ici connaître d'avance la référence recherchée.

En ce qui concerne la
Traduction œcuménique de la Bible (TOB), le Cerf a aussi mis en ligne une version PDF (avec notes, mais toujours sans possibilité de recherche). La TOB est toutefois disponible aussi, mais sans notes, sur l'excellent site de l'Alliance biblique qui permet surtout de lire en parallèle la Bible selon cinq traductions différentes : TOB, Bible en français courant, Bible « Parole de vie » (traduction œcuménique de 2000), Bible à la Colombe (traduction de Segond révisée en 1972) et Nouvelle Bible Segond (traduction établie en 2002).

Zebible.com pour les jeunes

Côté purement catholique, la Bible de la liturgie (traduction en français de la Vulgate) est disponible sur le site de l'association épiscopale liturgique francophone. Avec un inconvénient : seuls les textes utilisés dans la liturgie sont pour l'instant disponibles, le reste de la traduction n'ayant pas encore été approuvé par Rome…

Internet permet aussi d'accéder à des traductions plus littéraires de la Bible, comme la Nouvelle traduction de Bayard, dont des extraits sont disponibles sur
www.biblebayard.com. Ou encore l'incontournable version d'André Chouraqui, qui se veut une traduction littérale depuis l'hébreu. À noter enfin levangile.com, qui permet de comparer les textes de Darby, Segond (1910) et de Chouraqui, et d'accéder à la Bible annotée de l'exégète suisse du XIXe siècle Frédéric Godet.

Au-delà des textes eux-mêmes, Internet offre d'intéressants outils d'étude biblique qui permettent de sortir d'une lecture trop solitaire de la Bible. Là encore, le site de
l'Alliance biblique tient le haut du pavé avec de nombreuses ressources explicatives pour comprendre le texte biblique. Dernière initiative en date : ZeBible.com, à destination des jeunes, qui propose d'intéressants parcours bibliques (« la Bible en 99 questions » ou « les héroïnes de la Bible »).

Un voyage nourrissant dans l'univers biblique

Le Service biblique catholique, fort de l'expérience des Cahiers Évangile et des Dossiers de la Bible, met en ligne commentaires et explications du texte biblique. On regrettera juste ici une interface qui met assez mal en valeur la richesse du site…

Enfin, plus spécialisé, le
centre Informatique & Bible de l'abbaye belge de Maredsous a mis en ligne d'intéressantes ressources, comme son Dictionnaire encyclopédique de la Bible, ou encore sa Bible pastorale, qui permet une recherche thématique dans le texte biblique. Si l'interface demande ici une certaine maîtrise, elle permet au final un voyage nourrissant dans l'univers biblique.

 

Nicolas SENÈZE

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 12-12-2009 à 04h32

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« Et Jésus  se mit à enseigner au bord de la mer… »  

(Marc 4, 1)

 

Regard sur JESUS par le groupe interreligieux des Sables d'Olonne. (2009)

 

Commençons notre exposé par une question, qui alimentera d'ailleurs la totalité du débat : Peut-on dissocier le Jésus des Evangiles, ces Evangiles qui nous racontent sa vie, sa mort et sa résurrection, du Jésus de l'histoire dont la vie peut être reconstituée sur la base de données historiques scientifiquement neutres ?

 

Sauf que cette neutralité vient buter sur les affirmations de la foi, et notre foi chrétienne l'affirme nettement : Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme. Mais sur quoi s'appuie notre foi ? Si nous ne voulons pas être taxés de naïfs, il nous faut passer au crible d'une critique sérieuse tout ce qui relève à la fois de l'histoire et de la théologie. En effet, les affirmations les plus contradictoires ont été dites au sujet de Jésus, depuis celles qui nient son existence jusqu'au fondamentalisme qui prend chaque verset biblique au pied de la lettre.

 

 

I/ LES SOURCES

 

En affirmant que Jésus est vraiment homme, nous devons nous efforcer de connaître le milieu qui l'a vu naître et grandir, à savoir le milieu juif de son temps. C'est le pape Jean-Paul II qui disait : « Quiconque rencontre Jésus-Christ rencontre le judaïsme ». Ainsi donc, « la religion juive ne nous est pas extrinsèque, mais elle est intrinsèque à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion ».

 

Certes les sources qui nous font connaître le Jésus historique sont à 99% chrétiennes, tirées qu'elles sont des témoignages présents dans les Evangiles et les Epitres du Nouveau Testament. Ce constat a amené certains historiens et exégètes à les trouver suspectes, car partiales. Les témoignages qu'elles apportent, prétendent-ils, relèveraient plus d'une prédication cherchant à conduire à la foi au Christ que d'une rigoureuse précision historique.

 

Pourtant, la prédication primitive, celle des apôtres et des évangélistes, nous aide à discerner ce qui remonte à Jésus. Elle fait une place importante aux faits et gestes du Jésus avant Pâques. L'exégète Jérémias a même centré sa recherche sur les paroles qui remontent à Jésus lui-même, c'est à dire celles qui ont été prononcées telles quelles par lui, à la différence de celles qui ont été réécrites et mises en récit par les évangélistes selon le procédé courant aux historiens anciens.

 

Différentes sources nous permettent de situer Jésus dans l'histoire. Certes, Jésus n'a rien écrit lui-même, sauf une fois sur le sable ! Mais il a parlé, il a vécu. Regardez le philosophe grec Socrate et son disciple Platon. Socrate, lui non plus n'a rien écrit et Platon a rédigé les enseignements de son maître. Et maintenant on étudie les œuvres de Platon, mais on s'intéresse aussi à la personne de Socrate.

 

 

1)Les sources païennes :

 

Notre profession de foi nous dit que Jésus « a souffert sous Ponce-Pilate », ce qui le situe avec certitude dans l'ensemble de l'histoire humaine. Il ne s'agit donc pas d'un conte mythique qui commencerait par : « il était une fois… ».  

 

Au début de II° siècle, vers 112, Pline le jeune adresse une lettre à l'empereur Trajan. Il lui parle des problèmes que lui posent des gens qui s'assemblent « à date fixe, avant le lever du jour », et qui chantent «entre eux des hymnes au Christ comme à un Dieu ».

 

Vers l'an 116, l'historien Tacite raconte que Néron, pour se libérer de la rumeur qui l'accusait de l'incendie de Rome, charge les chrétiens de ce crime et leur fait subir une mort cruelle. « Ce nom de chrétien, écrit Tacite, vient de Christ qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate ».

 

Suétone, vers 120, dans « sa vie de l'empereur Claude », fait allusion à des troubles de la colonie juive de Rome : « Comme les juifs se soulevaient continuellement à l'instigation d'un certain Chrestos, Claude les chassa de Rome ». Ce passage concorde bien avec les « Actes des Apôtres », qui parlent d'un décret de Claude d'après lequel « Paul trouva à Corinthe un juif du nom d'Aquilas, récemment arrivé d'Italie avec sa femme Priscille, parce que Claude avait ordonné à tous les juifs de s'éloigner de Rome » (Actes 18 v 2).

 

Toutes ces références prouvent l'existence des chrétiens plutôt que celle de Jésus ; mais si l'on n'admet pas celle-ci, il faut en venir à l'hypothèse improbable que Jésus aurait été « inventé » au cours d'une seule génération.  

 

Ces quelques textes mettent donc en évidence ce que nous affirmons dans le Credo, à savoir : celui qui est appelé Christ a été mis à mort sous Ponce Pilate en Judée. Il est à l'origine de ceux que l'on appelle chrétiens et qui lui rendent un culte. La thèse selon laquelle Jésus n'aurait jamais existé perd ainsi toute crédibilité.

 

2) Les sources juives :

 

Ces sources, a priori hostiles au christianisme, ne songent même pas à contester l'existence historique de son fondateur.

 

Tout d'abord, le Talmud, au premier siècle de notre ère, qui mentionne: «  A la veille de la fête de Pâques on pendit Jésus. Quarante jours auparavant, le héraut avait proclamé : « Il est conduit dehors pour être lapidé, car il a pratiqué la magie et séduit Israël et l'a rendu apostat. Celui qui a quelque chose à dire pour sa défense, qu'il vienne et le dise » Comme rien n'avait été avancé pour sa défense, on le pendit à la veille de la fête de Pâques ( Talmud babylonien, traité Sanhédrin, 43b.).     

 

Au premier siècle, l'historien juif, Flavius Josèphe, dans son livre : « Antiquités juives », fait trois fois allusion à l'histoire de Jésus. La première allusion est à la fois la plus intéressante et la plus discutable (18, 63-64). Elle concerne Jésus lui-même, mais elle comporte des affirmations tellement positives à son sujet (il serait le Christ et il serait ressuscité), que l'on y perçoit la marque d'une addition chrétienne. En effet, on voit mal un auteur sincèrement juif reconnaître Jésus pour le Christ; mais malgré cette ajoute chrétienne, la mention de Jésus devait se trouver dans le livre de Flavius Josèphe. Une seconde allusion concerne Jean-Baptiste (18, 116-119), et une troisième signale le martyr de Jacques, le frère « de Jésus, appelé Christ » (20, 200).

 

3) Les sources chrétiennes :

 

a – Les écrits du Nouveau Testament

 

Le témoignage chrétien commence avec les lettres de l'apôtre Paul dont la plupart sont antérieures à 64 (La lettre aux Thessaloniciens a été écrite en 51, donc 21 années environ après la mort de Jésus que l'on situe en l'an 30 ; les lettres aux Corinthiens, aux Galates, aux Philippiens et aux Romains entre 56 et 58 ; les lettres aux Colossiens, aux Ephésiens et l'épître à Philémon entre 61 et 63).

 

La vie de Paul est connue, de sa naissance à Tarse vers l'an 5 de notre ère à sa mort par décapitation à Rome (selon Tertullien et Eusèbe) vers l'an 67. Par ailleurs, il a très bien connu Pierre et Jacques et les a même enviés d'avoir connu Jésus de son vivant.

Nous insistons particulièrement sur ces deux points :

 

- d'une part, en invoquant le cours délais entre la mort de Jésus et les écrits de Paul. La mémoire chez les Israélites n'avait rien de commun avec la nôtre qui a tendance à être appauvrie, sinon sclérosée. Il faut savoir qu'à cette époque, les disciples d'un maître l'écoutaient et retenaient ses paroles « par cœur », grâce à un entraînement que l'on apprenait dès le plus jeune âge (la Mishna, la plus essentielle partie du Talmud, est la mise par écrit tardive d'un enseignement par la parole). « Un bon disciple, disaient les rabbis juifs, est semblable à une citerne bien maçonnée, d'où ne fuit aucune goutte d'eau ». L'Evangile, avant d'être rédigé, fut donc conservé ainsi, dans des mémoires sans fissure, bien plus intact que nous ne pouvons l'imaginer.

 

- d'autre part, le fait d'avoir été en relation directe avec Pierre et Jacques, les lettres de Paul sont crédibles, notamment lorsqu'elles mentionnent plusieurs fois le dernier souper et la crucifixion, donc la vie de Jésus et sa mort.

 

Les autres écrits du Nouveau Testament (les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres,  et enfin l'Apocalypse) ont été rédigés entre les années 65 et les années 100.

- L'Evangile de Marc entre 65 et 70 ;

- L'Evangile de Matthieu et Luc entre 80 et 90 ;

 -L'Evangile de Jean entre 95 et 100. 

b - La source Q

 

La Source Q (Q, l'initiale de l'allemand Quelle signifiant source) est une source hypothétique (supposée perdue), dont certains exégètes pensent qu'elle serait à l'origine des éléments communs des évangiles de Matthieu et Luc, mais absents chez Marc. Il s'agirait d'un recueil de paroles de Jésus de Nazareth que certains biblistes ont tenté de recomposer et qui daterait des environs de l'an 50, soit 20 ans environ après la mort du Christ.

 

Les évangiles de Matthieu, Marc et Luc sont dit « synoptiques », c'est-à-dire qu'ils sont de composition très similaire, rapportent les mêmes faits et anecdotes sur Jésus et suivent généralement la même trame narrative en recourant au même lexique. 

 

D'après l'hypothèse des deux sources, non seulement Matthieu et Luc s'appuient tous deux sur Marc, indépendamment l'un de l'autre, mais comme on décèle des similitudes entre Matthieu et Luc qu'on ne retrouve pas dans l'évangile de Marc, il faut supposer l'existence d'une seconde tradition. Cette seconde source, hypothétique, est dénommée Q.

 

Si cette hypothèse des deux sources est correcte, alors la seconde source est très certainement un document écrit, car s'il s'agissait d'une tradition orale, elle ne pourrait rendre compte de la similitude des mots (du lexique) et encore moins de la coïncidence dans l'ordre des mots. En outre, on a cru pouvoir avancer que cette source hypothétique, dans la version à laquelle Matthieu et Luc y ont eu accès, était écrite en grec ; car s'il avait été rédigé dans une autre langue (en araméen par exemple), leurs traductions n'auraient pu à ce point coïncider. Certains chercheurs présument en outre que le document Q a précédé l'évangile de Marc. Le document Q, s'il a jamais existé, est aujourd'hui perdu, mais naturellement son contenu peut être en partie reconstitué à partir des passages commun aux évangiles de Matthieu et Luc, et absents de l'évangile de Marc. Or le texte ainsi reconstruit présente un trait tout-à-fait remarquable : d'une manière générale, il ne fournit aucun récit de la vie de Jésus (il n'évoque ni sa naissance, ni le choix de douze disciples, ni sa crucifixion, ni sa résurrection). Mais cela ne signifie pas que la Passion n'ait pas eu lieu mais que les auteurs des évangiles canoniques ont rédigé leurs ouvrages à partir d'un canevas réduit exploité en premier par Marc dont Matthieu et Luc se sont servis. En revanche, ce texte du document Q forme un recueil des propos et de la doctrine de Jésus.

 

c -  Les récits apocryphes

 

Par ailleurs, il y a aussi les nombreux textes apocryphes, qui ne sont pas reconnus comme canoniques, c'est à dire : qui n'ont pas été retenus dans le canon de l'Eglise ancienne, parce que jugés peu historiques ou trop tardifs. C'est le cas des Evangiles de Thomas, de Jacques, de Pierre, l'Evangile de vérité (gnostique), les Actes de Jean, de Pierre, de Paul, d'André, de Thomas, enfin les apocalypses de Pierre, de Paul, de Thomas. Ces textes sont à utiliser avec prudence.

Mais ils peuvent donner des indices historiques ou permettre des recoupements intéressants ? Notamment l'Evangile de Thomas très proche de la source Q.

 

Cependant, toutes les contradictions que l'on pourrait trouver dans les Evangiles concernent des détails mais non la substance. Les évangiles synoptiques, pour l'essentiel, concordent remarquablement entre eux et donnent de Jésus un portrait cohérent. Quant à savoir si les Evangiles sont vrais ou faux, jugeons plutôt ce qu'il y est relaté, et ce que des « inventeurs » eussent sans doute passé sous silence, parce que trop gênant pour leur réputation :

- compétition des apôtres pour occuper les premières places dans le royaume ;

- leur fuite après l'arrestation de Jésus ;

- le reniement de Pierre ;

- Jésus empêché de faire des miracles en Galilée ;

- L'incertitude première de Jésus sur sa mission, ses moments d'amertume, son     cri désespéré sur la croix.

 

A la lecture de ses différents traits, qui pourrait mettre en doute la réalité du personnage ? Qu'une poignée de gens très simples aient imaginé, au cours d'une seule génération, une personnalité si puissante et si attirante, une éthique si élevée, la vision d'une fraternité humaine si riche en inspirations, serait un miracle plus incroyable qu'aucun de ceux que racontent les évangiles.

 

Et pour appuyer ces propos citons une phrase de Pascal tirée de ses « Pensées » : « Je crois les témoins qui se font tuer. Les martyrs chrétiens…. ne se sont pas fait tuer pour soutenir  une imposture ».

 

Toutes ces sources attestent donc la réalité de l'existence de Jésus qui serait mort crucifié sous le préfet Ponce Pilate le 7 avril 30, selon la tradition de l'Evangile de Jean. Son ministère public, situé par Luc en « l'an quinze du gouvernement de Tibère César » (3, 1), a duré environ deux ans et demi. La narration de Jean confirme cette hypothèse, en soulignant trois montées de Jésus à Jérusalem pour la Pâque (2, 13sq ; 5, 1.7 ; 11, 55sq).

 

 

II/ JESUS AVANT SON MINISTERE

 

La date de sa naissance est assez difficile à établir. Cela peut paraître paradoxal, puisque cette date se trouve à la base de notre calendrier. Mais l'établissement ultérieur du début de l'ère chrétienne, à partir des calculs faits par Denys le Petit au VI° siècle, a comporté des erreurs. Matthieu et Luc font naître Jésus pendant « les jours où Hérode était roi de Judée », donc avant l'an 4 antérieur à notre ère, Hérode étant mort en mars-avril de cette année là. Luc indique « qu'en ces jours parut un décret de César Auguste ordonnant le recensement de toute la terre….ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie » (2, 1-2)

Or, on sait que Quirinius fut légat en Syrie entre 6 et 12 après Jésus-Christ, et Flavius Josèphe note qu'il fit un recensement de la Judée en 6-7 après Jésus-Christ. Mais Tertullien rapporte qu'il y eut un recensement de la Judée ordonné par Saturninus, gouverneur de Syrie, en 8-7 avant Jésus-Christ ; il semble que c'est de celui-là que Luc voulait parler, par rapport à la royauté d'Hérode, Jésus serait donc né avant l'an 6 antérieur à notre ère.

 

On ne connaît pas non plus le mois et la date de sa naissance. Alors pourquoi le 25 décembre ? Parce que c'était la date du solstice d'hiver, lorsque les jours commencent à augmenter, Jésus étant vu comme celui qui éclaire le monde. Donc, Jésus a du naître entre l'an 7 et l'an 6 avant l'ère chrétienne, à Bethléem selon les récits de Mathieu et de Luc, et sans doute au moment de la Pâques juive (avril), car c'est le seul moment ou Béthleem affichait complet vu le nombre considérable de visiteurs qui se rendaient à Jérusalem. Luc (2,7) rapporte que Marie «accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa  dans une mangeoire, parce qu' il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes ». Ensuite, revenu avec ses parents en Galilée, Jésus a grandi à Nazareth, village plutôt méprisé à l'époque.

 

Seuls Matthieu et Luc soulignent la conception virginale de Jésus. Au chapitre 1, 18 Matthieu écrit : « Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph ; or avant qu'ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint ». Et aux versets 24-25, après l'intervention de l'ange, nous lisons : « Joseph prit chez lui son épouse, mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eut enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus ». Quant à Luc, dans le récit de l'annonciation au chapitre 1, 26-38, il note : « L'ange dit à Marie : « voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus »…Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? ». L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ». Marc, Jean et Paul ne parlent pas de cette conception virginale qui était loin de faire l'unanimité dans l'Eglise primitive. C'est ainsi que Jean rapporte ce que disaient des gens de Jérusalem à propos de Jésus : « Celui-ci, nous savons d'où il est, tandis que, lorsque viendra le Christ, nul ne saura d'où il est » (7, 27). En fait, la conception virginale de Jésus est une réalité toute intérieure qui ne peut être accessible et transmise que dans la confidence de la foi. Elle a besoin de notre foi en la divinité de Jésus pour que nous voyions en elle une trace du passage de Dieu dans notre monde.

 

Quant à la jeunesse de Jésus, on ne connaît pas grand chose. Luc relate cette montée à Jérusalem avec ses parents à l'occasion de ces douze ans (2, 41-50). Et il poursuit ainsi son récit : « Jésus descendit avec ses parents pour aller à Nazareth ; il leur était soumis…Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes » (2, 51-52). Lorsqu'il commence son ministère public, il a, nous dit Luc (3, 23), « environ trente ans ».

 

Tout ce que nous savons c'est que l'air qu'il a respiré était saturé d'excitation religieuse. Les Juifs attendaient par milliers la rédemption d'Israël et l'arrivée d'un messie. Mais ce qui va éveiller sa ferveur religieuse, ce fut la prédication de Jean, fils d'Elisabeth, qui était une cousine de Marie.

 

Jean incarcéré, Jésus reprend son œuvre et se met à annoncer la venue du royaume. Un des disciples du Baptiste, André, s'attachera à Jésus et lui amènera son frère Simon, que Jésus appellera Pierre.

 

Se joindront à eux, les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean. Ce petit noyau sera complété par Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Jude, Simon appelé le zélote et Judas. Les 12 mettront leurs biens en commun et chargeront Judas de les gérer. En suivant Jésus dans sa mission itinérante, ils vivront sur le pays, prenant de quoi vivre çà et là dans les champs, et acceptant l'hospitalité de convertis et d'amis. A ces 12, Jésus ajouta 72 disciples et les envoya deux par deux dans chaque ville qu'il désirait visiter. Il leur prescrit de « n'emporter ni bourse ni sac, ni souliers ».

 

Luc nous dit qu'au début de son ministère, Jésus se rendit à Nazareth et entra dans la synagogue, le jour du sabbat, et prenant son tour pour faire la lecture, il choisit un passage du livre d'Esaïe où il était écrit : « L'Esprit du Seigneur est sur moi : il m'a consacré pour donner aux pauvres une bonne nouvelle. Il m'a envoyé annoncer la libération aux captifs, la lumière aux aveugles ; il me faut libérer ceux qui sont écrasés,  et proclamer une année de grâce de la part du Seigneur » Luc ajoute : « Dans la synagogue, tout le monde avait les yeux fixés sur lui ». Et il se mit à leur dire : « Ce passage de l'écriture s'accomplit aujourd'hui devant vous ».

 

Sa prédication et ses faits et gestes ont vite fait de susciter enthousiasme chez certains et scandale chez d'autres. La foule est suspendue à ses lèvres. Mais il se met vite à dos les autorités religieuses, scandalisées par la liberté qu'il affiche vis à vis du sabbat et, surtout, par sa prétention à pardonner les péchés.

 

Nous n'avons de lui aucun portrait, et les évangélistes ne le décrivent pas. Mais il faut qu'il ait eu un réel magnétisme spirituel pour attirer les hommes et les femmes en si grand nombre. Par ailleurs, contrairement aux prophètes et à Jean le baptiste, il n'était pas un ascète, même s'il connaissait l'inconfort des sans domicile fixe, comme il le dit lui-même : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où poser sa tête » (Mt 8, 20).  On le représente comme vivant avec « des publicains et des pécheurs » comme accueillant même dans sa compagnie des prostituées repenties. Ce qui lui vaut les critiques des bien-pensants qu'il se plaît à ironiser : « En effet, dit-il, Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l'on dit : il a perdu la tête. Le Fils de l'homme est venu, il mange et il boit, et l'on dit : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d'impôts et des pêcheurs » (Mt 11, 18-19).

 

Il participe à des banquets chez les riches mais en règle générale, il fréquente de préférence les pauvres. Comprenant que les premiers ne l'accepteront jamais, il reporte ses espérances sur un renversement qui donnera aux humbles le rang suprême dans le royaume qui allait venir.

 

Jésus va jusqu'à revendiquer une relation spéciale avec Dieu qu'il appelle son Père : « Tout m'a été remis par mon Père » (Mt 11, 27). Même si Jésus ne s'est jamais proclamé ouvertement Fils de Dieu, son attitude et sa manière de vivre avec Dieu et d'en parler le présentent manifestement comme le « Fils » par excellence. Son autorité, il la tient de Dieu lui-même, ce Dieu qu'il nomme familièrement : « Abba ! = Papa ! »

 

Cette prétention de Jésus sur lui-même est tellement contradictoire à l'enseignement courant du judaïsme, et tellement provocante, qu'elle ne peut avoir été inventée par des rédacteurs bien intentionnés. Elle explique au contraire la montée rapide de la tension entre Jésus et les autorités juives, tension qui conduira plus tard à son exécution infâmante.

 

De ce point de vue, il n'est pas insignifiant de rappeler que Jésus n'est pas le fondateur du christianisme au sens d'un projet consciemment développé. Jésus se tient à l'intersection du judaïsme et du christianisme : le judaïsme d'alors, en sa grande majorité, n'en a pas voulu et le christianisme ne peut le revendiquer pour lui seul.

 

 La quête du Jésus historique rend à « Jésus le juif » sa judaïté, tout en s'interrogeant sur les motifs du conflit mortel qui l'a opposé à ses contemporains.

 

III/ SON EVANGILE

 

En postulat, nous dirons que Jésus était d'abord un homme de son temps.

Beaucoup ont interprété son évangile comme une utopie communiste et ont vu en Jésus un révolutionnaire social. Il est clair que Jésus n'a pas beaucoup d'affection pour les riches dont le but principal dans la vie est d'accumuler les profits et les jouissances. Il annonce aux riches qu'ils auront faim et connaîtront le malheur, et réciproquement il réconforte les pauvres par des béatitudes qui leur garantiront la future possession du royaume. Au riche qui lui demande ce qu'il doit faire, Jésus lui répond : « Vends tes biens, donne le produit aux pauvres et suis moi… ». Certains, et les apôtres en premier, interprétaient le royaume comme un renversement révolutionnaire des relations existantes entre riches et pauvres. Le livre des Actes nous dit d'ailleurs que les premiers chrétiens « mettaient toutes choses en commun » ce qui est un des apanages du communisme.

 

Mais Jésus n'a jamais appelé à la révolution, il ne formule aucune critique contre le gouvernement civil, il ne prend pas part au mouvement Juif pour la libération nationale, il exhorte même les pharisiens à « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Jamais il ne prend parti pour ou contre l'esclavage, mais en homme de son temps, prend ces institutions comme établies. Jésus approuve le serviteur qui fait valoir les cinq talents que son maître lui avait confiés au point d'en gagner cinq autres, mais il désapprouve celui qui, n'en ayant qu'un, le laisse improductif jusqu'au retour du maître. A propos de ce dernier, il dit durement : « A celui qui a il sera donné et à celui qui n'a pas, même ce qu'il a sera ôté ». C'est l'histoire sommaire des opérations de bourse et, malheureusement, de toute l'histoire de l'humanité.

 

Comme tous les gens de son époque, il estime aller de soi qu'un esclave a le devoir de bien servir son maître : « Heureux le serviteur que son maître, à son retour, trouve accomplissant sa tâche ».

 

Il n'a pas combattu l'économie établie ou les institutions politiques. Sa révolution a été bien plus profonde. Il a voulu purifier le cœur humain des désirs égoïstes, de la cruauté, des convoitises et ainsi se débarrasser des institutions qui procèdent de la violence et de l'avidité humaine. Dans ce sens, il a été le plus grand révolutionnaire de l'histoire, car il n'a pas voulu instaurer un Etat nouveau mais décrire une moralité idéale. De là les béatitudes, avec leur exaltation sans précédent de l'humilité, de la pauvreté, de la douceur, de la paix.

 

Il est aussi primordial de parler de Jésus comme d'un Juif, qui partagea les idées des prophètes, continua leur œuvre et prêcha comme eux aux juifs mais pour les juifs seulement. En envoyant ses disciples répandre son évangile, il les adressa exclusivement aux villes juives : « N'allez pas chez les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains », et il dit à la Samaritaine rencontrée près du puits de Jacob : « Le salut vient des Juifs », et encore à une Cananéenne qui lui demande de guérir sa fille : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël » Ainsi, après sa mort, les apôtres et Pierre en particulier, hésiteront à porter la bonne nouvelle aux « païens ». C'est Paul qui entreprendra le premier cette grande démarche qui fera connaître l'Evangile au monde entier.

 

Mais Jésus est avant tout un Juif qui va s'opposer à la hiérarchie juive (les prêtres, les scribes, les pharisiens, les sadducéens). Il dit en parlant des Scribes et des Pharisiens : « Faites donc et observez tout ce qu'ils vous diront mais n'agissez pas selon leurs œuvres ».

 

En suggérant des modifications à la loi juive Jésus ne pensait pas qu'il la renversait. « Je ne suis pas venu pour abolir la loi de Moïse, mais pour l'accomplir ». Il a voulu ajouter à la loi l'injonction de se préparer pour le royaume par une vie plus juste et meilleure. Il a voulu renforcer la loi, en matière de morale sexuelle et de divorce (Matthieu 5/31) ; il a rappelé aux pharisiens que le sabbat a été fait pour l'homme ; il a omis certains jeûnes (Mt 9, 14-15) ; il a condamné les prières et aumônes ostensibles, ainsi que les cérémonies funèbres luxueuses.

 

Les hiérarques juifs (mais non le peuple) s'opposaient bien entendu à ces innovations et réprouvaient sa prétention d'avoir l'autorité de pardonner les péchés et de parler au nom de Dieu.  Ils étaient scandalisés de le voir frayer avec des fonctionnaires de Rome (Matthieu, Zachée, etc…) que l'on détestait, ainsi qu'avec des femmes de mauvaise réputation. Lui, les traitait « d'hypocrites, de conducteurs aveugles, d'insensés, de sépulcres blanchis, de serpents, et de race de vipères » (Matthieu 23, 13-33). Je pense qu'ils avaient peur de perdre leur pouvoir et surtout que le procurateur romain ne les accuse de négliger le maintien de l'ordre social.

 

Alors Jésus avait-il raison de les traiter ainsi ?

 

Il y en avait certainement parmi eux qui méritaient d'être ainsi stigmatisés, mais beaucoup de pharisiens étaient vraisemblablement des gens sincères qui considéraient que les lois cérémonielles négligées par Jésus ne devaient pas être jugées en elles-mêmes, mais comme des éléments d'un code qui servait à maintenir le peuple juif uni au milieu d'un monde hostile. Quelques pharisiens, comme Nicodème, ont d'ailleurs sympathisé avec lui.

 

La rupture finale vint de la conviction croissante de ses fidèles que Jésus serait un messie politique qui renverserait la puissance romaine et donnerait la suprématie à la Judée. Tant qu'il n'avait pas réussi à grouper de nombreux participants, les prêtres inclinaient à l'ignorer, mais l'accueil enthousiaste qui lui fut fait à Jérusalem, au moment de la Pâques, semble avoir surpris les chefs juifs et leur avoir fait craindre que les foules pascales, composées de patriotes émotifs, ne le poussent à quelque révolte inopportune contre le pouvoir romain, dont aurait résulté la suppression de toute autonomie et de toute liberté religieuse en Judée. Le grand prêtre réunit le sanhédrin et exprima l'opinion (Jean 11/50) : «  Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple, plutôt que de voir la ruine de toute la nation ».

 

La majorité tomba d'accord, et le conseil ordonna l'arrestation de Jésus. Or, il semble que celui-ci eut vent de cette décision mais ne fit rien, acceptant son sort comme le s

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 28-12-2009 à 17h04

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Evangile selon st Marc 1 60

"Longeant la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, lançant l'épervier dans la mer..."

Jean  21 3 : "Simon Pierre leur dit : "je vais pêcher." Ils lui disent: "nous venons, nous aussi avec toi".

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Redonner la parole aux pêcheurs

texte de la "Documentation Catholique


Message de la Mission de la Mer

Le 19 novembre 2009, à La Rochelle (Chatente-Maritime), la Mission de la Mer a adressé un message à la Direction générale des affaires maritimes et de la pêche de la Communauté européenne, en réponse à la consultation lancée par l'Europe sur la politique commune de pêche. Ce texte précis et très documenté resitue les difficultés des marins pêcheurs dans le contexte plus large du réchauffement climatique et des menaces qu'il fait peser sur une profession déjà malmenée.


Texte de la Conférence des évêques de France (*)

La Mission de la mer souhaite une pêche responsable, durable, gérée régionalement, dans le respect des pêcheurs et des ressources halieutiques.

1. Des valeurs à privilégier au nom de « l'humain »

La Mission de la mer est engagée depuis plus de cinquante ans auprès des communautés de pêcheurs, fidèle aux valeurs de l'Évangile et fidèle aux aspirations des pêcheurs, de leurs familles, en lien avec les organismes maritimes. Elle reconnaît qu'il est nécessaire de refonder la politique communautaire sur d'autres bases.

Nous n'avons ni navire, ni quota de pêche, ni part de marché à défendre, mais seulement « l'humain », les valeurs qui sont inspirées par le christianisme et l'Évangile, en particulier la participation à la création, la solidarité, et le respect dû à tous, pêcheurs de la Communauté européenne et du monde entier. Toutes ces valeurs sont peu à peu laminées, d'une part par la domination du profit immédiat et, d'autre part, à cause d'une gouvernance marquée par le manque d'adéquation entre les décideurs et les aspirations des communautés de pêcheurs.

2. Donner la parole aux pêcheurs

La Mission de la mer approuve cette initiative d'une meilleure participation des pêcheurs, d'autant plus qu'ils nous font part de leur faible confiance dans les structures, quelles qu'elles soient. Jusqu'ici, le politique, le marchand, le scientifique, l'armateur industriel ont eu leur mot à dire mais les pêcheurs, en particulier les matelots et les jeunes, ont été les « muets » de l'Europe.

Ne soyons pas dupes : on donne la parole aux pêcheurs après les avoir « jetés par-dessus bord », les avoir paralysés dans le « corset européen », muselés dans un carcan administratif, écrasés par un « marché mondialisé » qui n'a aucune attention pour le fruit de leur dur labeur. On les rend coupables de tous les maux, en les traitant ouvertement de « braconniers de la mer », ou « assassins de la mer »…

La parole du pêcheur est importante. Il faut qu'il puisse la prendre localement, régionalement, nationalement et au niveau européen. La parole des pêcheurs artisans, des femmes et des familles de marins, des associations de soutien à la pêche n'est pas celle de la pêche industrielle, ni celle de l'aquaculture. Il faut que cette parole soit distincte, audible et écoutée.

3. Partir de la réalité, sortir de la confusion, générer une confiance par une connaissance commune à tous

La connaissance halieutique est la clef de la porte d'entrée dans la PCP (politique commune de la pêche) future. En application de la norme RMD (rendement maximum durable), certains rapports scientifiques annoncent que 80 % des stocks de poissons de la planète sont en danger. Ce constat ne correspond pas à l'observation des pêcheurs que nous rencontrons. On ne se comprend plus, on ne parle pas le même langage. La Mission de la mer considère qu'il est très important de traiter ce point avec une grande attention. Il faut savoir s'il y a vraiment raréfaction et chercher les causes de cette raréfaction de façon aussi précise que possible. Il faut sortir des habitudes d'affrontement entre pêcheurs et scientifiques en favorisant un travail commun.

On accuse le pêcheur de surpêche. On fait porter à l'ensemble de la communauté des pêcheurs la responsabilité de « l'effondrement des stocks », sans préciser quels sont les métiers, les pêcheries qui pratiqueraient une « surpêche ». On en déduit qu'il faut « casser des bateaux ». La logique est la suivante : réduisons les capacités de pêche et la ressource se refera. Les plans de casse ont vidé les ports, ont envoyé les pêcheurs à terre et ont anéanti le savoir-faire précieux des artisans de la mer.

Dans le même temps, on ne parle pas suffisamment du changement de climat, du réchauffement et de la « tropicalisation » des eaux du Golfe de Gascogne, du changement de la courantologie avec les modifications du Gulf stream suite à la fonte de la banquise, des pollutions, alors que ce sont de réels facteurs modifiant les écosystèmes marins. Nous espérons que le sommet de Copenhague révèlera les atteintes à l'environnement et permettra à tous les secteurs de la société de corriger leurs comportements. Les pêcheurs sont les premiers à vouloir connaître l'état réel de l'océan.

4. Chercher l'effort de pêche le plus durable

La Mission de la mer propose de partir des pratiques de pêche, relever ce qui va dans le bon sens et pointer ce qui ne va pas.

Des pratiques louables  : les pêcheurs mènent des actions pour trier le poisson au fond de l'océan. D'une manière massive, les pêcheurs ont acquis une conscience écologique grâce aux nouvelles générations qui veulent gagner dignement leur vie en travaillant proprement et en pensant à l'avenir. Beaucoup de pêcheurs artisans travaillent ainsi, sans pratiquement rien rejeter à la mer. Beaucoup de communautés de pêcheurs ont opté non pas pour la quantité mais la qualité. Les pêcheurs ont compris qu'il fallait mutualiser les efforts plutôt que de se faire concurrence. Il y a beaucoup à faire en faveur d'une réelle politique de vente du poisson sauvage de mer.

Des pratiques éthiquement inacceptables  : tous les pêcheurs sont des prédateurs, toutes les techniques de pêche sont prédatrices. Mais il faut reconnaître qu'il y a des manières de pêcher qui sont responsables et d'autres qui ne le sont pas. Dans les divers filets, notamment les chaluts, on pêche du poisson noble à forte valeur commerciale et on rejette à la mer énormément de poissons morts car le quota est atteint ou les pièces capturées ne font pas le poids réglementaire. Pourtant, dans le même temps, il y a, sur place, un marché fourni par les compagnies extérieures à la Communauté [européenne], et personne ne se soucie ni de la taille ni de la provenance. Ce sont aussi des tonnes de poisson qui partent régulièrement « au trou », au prix de retrait. Beaucoup de ces pratiques, comme les rejets, sont couvertes par les lois européennes, mais il faut le reconnaître, inacceptables du point de vue éthique, provoquant la destruction d'une alimentation saine que sont les protéines de la mer. Cela entraîne le discrédit sur les pêcheurs de la part des environnementalistes de plus en plus écoutés et médiatisés.

Pêcher autrement  : tout le monde sait maintenant que les ressources de la planète sont limitées. Il faut durer ensemble, chacun à sa place, à l'intérieur de ces limites. Les pêcheurs sont aujourd'hui aptes à comprendre cette conversion nécessaire.

Des questions à se poser  : que faut-il pour qu'un pêcheur puisse décemment vivre de sa pêche sans pour autant « vider » la mer ? Il faut que le travail soit rétribué, soutenu par une bonne commercialisation qui permette à l'équipage de vivre et de rentabiliser le bateau. Il est anormal que les pêcheurs soient ceux qui bénéficient le moins de la valeur ajoutée. Tous les acteurs de la filière pêche ont un revenu garanti à l'exception du pêcheur. Il faut aussi un effort de pêche limité à un seuil qui ne compromette pas la reproduction du poisson. Il s'agit de ne plus prendre l'océan pour une « mine inépuisable » mais de trouver le juste milieu.

5. Une révision courageuse de l'effort de pêche

Oui à une gestion améliorée des quotas.

La Mission de la mer pense qu'il faut prendre au sérieux la perte de milliers de tonnes d'alimentation jetées par-dessus bord ou retirées de nos criées et trouver une alternative pour mettre fin progressivement à cet état de fait. On reconnaît que le régime des quotas peut être néfaste tel qu'il est parfois appliqué mais beaucoup de pêcheurs s'estiment satisfaits. Supprimer les quotas c'est mettre fin à la « stabilité relative » entre tous les États membres. Ce serait mettre en péril la pêche artisanale qui perdrait, de ce fait, ses « droits de capture ». Le système du « chômage biologique », dépendant des quotas, n'est pas appliqué dans tous les pays de la Communauté mais permet aux pêcheurs d'accepter une régulation de l'effort de pêche.

La Mission de la mer n'est pas favorable aux QIT (quota individuel transférable), ni aux droits de pêche individuels transférables. Elle refuse que ce bien commun qu'est la ressource soit soumis à la logique de la propriété privée et aux lois du marché. On voit ce que cela donne à terre : le cumul des richesses par les plus riches et la non transmission aux générations futures. La Mission de la mer croit aux valeurs profondes des pêcheurs artisans : partage des captures, solidarité, juste répartition de l'effort de pêche, mutualisation des efforts et des biens par l'action des coopératives, transmission des compétences, des navires, des lieux de pêche aux générations futures. Elle est inquiète de la montée de l'individualisme et de la perte de « l'esprit collectif » qui a été si bénéfique aux pêcheurs.

6. La Mission de la mer est en faveur de formes de gestion plus cohérentes et adhère à certains objectifs du Livre vert

– Conforter la pêche durable, abandonner la surpêche.

– Un marché préférentiel pour les pêcheries gérées de façon durable.

– Une approche écosystémique de la gestion du milieu marin.

– Une puissante synergie entre les différents secteurs d'activités maritimes (producteurs, aquaculteurs, transformateurs) ainsi qu'entre les acteurs (scientifiques, politiques, ONG) et cela au niveau européen, régional, national, local…

– Prendre les décisions au plus près des communautés de pêcheurs.

– Intéresser les communautés de pêcheurs à la recherche scientifique et intéresser les scientifiques à l'opinion des pêcheurs.

– Contrôler l'information, retrouver la confiance des médias, gagner en crédibilité, ne pas laisser dire n'importe quoi et favoriser la communication.

À ces objectifs, il faut joindre ceux des pêcheurs des autres pays en particulier ceux du tiers-monde. Ce n'est pas parce qu'on paie qu'on doit tout saccager ; stopper la corruption des classes dirigeantes, contrôler où va l'argent des licences, favoriser le développement de la pêche artisanale.

Conclusion : osons croire en un avenir solidaire !

Le cadre de travail vient d'être mis en place : les grandes régions maritimes. La Mission de la mer travaille au sein du réseau européen de l'Apostolat de la mer. Dans le but d'accompagner les communautés de pêcheurs, elle est prête à porter sa contribution aux divers CCR (comité consultatif régional), en particulier le CCR Sud qui relie la pointe du Finistère (Bretagne) au Sud Espagne et Portugal.

Il nous appartient à tous, quels que soient notre foi, notre implication dans le monde maritime, notre degré d'adhésion à la construction européenne, de continuer à « chercher en nous unissant des chemins de justice et de dignité ». Des chemins qui ne conduisent pas à la mort lente de la pêche artisanale mais à sa survie. Pour cela, il faut redonner aux pêcheurs une fierté perdue, redynamiser les énergies. La Mission de la mer croit dans la force des jeunes, des matelots, des femmes de marins, des patrons, de ceux qui risquent aujourd'hui leur vie en mer. C'est avec eux que se fera le changement salutaire.

La Rochelle, le 19 novembre 2009,

LA MISSION DE LA MER

  Lire le commentaire | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 04-01-2010 à 11h03

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QUE DIT LA BIBLE DES COMMENCEMENTS ?

Janvier 2010 : St Jacut de la Mer (Côtes d'Armor). 

Douze personnes du groupe « mer et bible » partagent  sur le texte  de « Génèse 1 »  avec l'aide de Michèle Buret, bibliste, professeur d'hébreu.

Question : pourquoi y a-t-il deux récits   ou deux parties d'un récit unique ? Quel  lien entre les deux ?

Réponse   provisoire :  il  s'agit d'un panorama général , suivi d'un zoom sur le jardin d'Eden. Oui, mais pourquoi ?

Nous choisissons d'aller voir la première partie du récit, même si c'est la question des arbres qui intéresse certains dans ce groupe de travail,  sans y passer…un jour de la semaine par jour…

Lecture des 7 jours : 1° réaction : tout va bien… jusqu'à ce qu'on dise à l'homme de « dominer » sur les autres créatures, car l'homme est en train de détruire… mais  « dominer » signifie t il « détruire «  ou  «  faire vivre », et « bien gérer »,  comme un « dominus » en son domaine? (JM Pelt).

Quelle est la différence entre les animaux et l'homme ?  On répond que l'homme est déjà  un animal car Dieu bénit  les oiseaux et les animaux marins (v.22) et l'homme (v.28)  avec exactement les mêmes termes.

Elohim les bénit et leur dit : fructifiez et soyez nombreux et remplissez les eaux de la mer (22), la terre (28).

L'homme est il au sommet ou un  parmi les autres créatures ?  La question reste en suspens pour le moment, car le regard se port sur…la « préparation du chantier » par le créateur,  comme quelque chose d'indispensable et de très long. Et  de fil en aiguille nous nous attardons  sur les versets  4 et 18, à savoir la séparation entre la lumière et les ténèbres, faite par Dieu le premier jour, séparation déléguée aux luminaires le 4° jour. Pourquoi le texte insiste t il sur ce point ?  C'est avant la création du ciel le deuxième jour,  de la terre et de sa végétation le troisième jour, d'une part ;  et d'autre part avant la venue au monde des êtres vivants du cinquième et sixième jour.

Par définition ,  « ténébres »  et « lumière »  (= absence  de ténèbres)  s'opposent.  Or le texte biblique par deux fois,  les sépare.  Leur séparation permet que se poursuive l'œuvre de création.  

Il y a besoin de lumière pour que la végétation pousse. Besoin aussi de point de repères réguliers, mécaniques, pour les  «  fêtes,  jours, années » (v.14)  destinés à l'homme.  Les luminaires « gouvernent", tiennent la barre,  le gouvernail du jour et de la nuit (v.16 et 18).

 Entre chien et loup,  où jour et nuit sont confondus est un moment particulièrement difficile.

Pourquoi cette insistance sur la séparation entre ténèbres et lumières ?  C'est sur cette question .. . que nous nous sommes séparés…. non sans avoir noté que les ados vivent la nuit et dorment le jour, ne respectent pas la différence jour-nuit, précisément… pour se "séparer" des adultes.

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D'UN JOUR A L'AUTRE :

Il est beaucoup question  de séparation les 4 premiers jours :  entre les eaux d'en haut et les eaux d'en bas le deuxième jour,  d'où  la création d'un espace vivable ;

entre les eaux et la terre le troisième jour,  d'où la possibilité de la végétation.

Lumière et ténèbres se situent à un autre niveau que jour et nuit.  Peut-on vivre dans les ténèbres qui sont le point de départ (verset 2) ?  Elles évoquent désespoir, tunnel dont on ne voit pas le bout, en parallèle avec l'état de la matière indifférenciée dans la vision scientifique, pendant  300 000 ans, avant qu'un début de « grumeau » n'apparaisse et ne désemprisonne la lumière qui peut alors passer, se propager, du moins selon ce qu'on en dit aujourd'hui dans certains milieux scientifiques.

Le projet divin, lui, commence par la sortie des ténèbres :  création de la lumière, séparations, noms donnés, (jour, nuit, cieux, terre…)

Certains parmi nous  découvrent en ténèbres et lumière un autre sens que le sens physique :  une nuit noire qui peut tout envahir,  et dont il est vital de protéger la lumière,  vu du côté du sens, de l'espérance,  de la vision claire.

Le cinquième jour est consacré aux  animaux marins et aux oiseaux, avec les quels l'homme sait qu'il ne vit pas, puisqu'il ne vit ni dans l'eau, ni dans les airs.

Le sixième jour voit la venue au monde, et des animaux terrestres et des hommes :  ils vivent ensemble ! il dit aussi la délégation aux hommes des soins des animaux,  car l'homme est créé à l'image de Dieu :  c'est dans ce texte la différence faite entre les hommes et les animaux.

Le septième jour :  le chantier est mis en place,  disposez-en,  c'est à vous de faire, de créer à présent (« pour faire »)     à  la fin du verset 3 du chapitre 2  généralement omis dans les traductions,  et interprété dans le judaïsme,  pour que les hommes "fassent" désormais).

Que va  t on créer ensemble ?  faire ensemble ? avec les animaux, avec Dieu ?

Le jardin d'Eden de la deuxième  partie du récit apparait à présent comme le résultat de la journée de repos de Dieu :  on abandonne les 7 jours de la création,  la mise en place des astres…  c'est en place.

A LA CHARNIERE DES 2 PARTIES DU RECIT :

Longue discussion sur le verset 26 du chapitre 1 : « Dieu dit : faisons un humain dans notre image, comme notre ressemblance, et ils domineront dans le poisson de la mer et dans l'oiseau du ciel et dans le bétail et dans toute la terre et dans tout le remuement qui remue sur la terre »

Dans un cliché photographique, la photo n'est pas la personne elle-même. L'image peut rester est statique. La ressemblance, au contraire met en mouvement, en action  cette image,  elle  réalise une mise en relation de l'homme avec Dieu,  relation  qui dépend  aussi du bon vouloir, de la responsabilité de l'homme.

L'image de Dieu, mâle et femelle, inclut l'abondance de la fécondité. Mais avant d'être nombreux, il est indiqué de porter du fruit, de parvenir à un niveau souhaitable de maturité (verset 28). (Ce qui est effectivement préférable avant de mettre des enfants au monde).

Chapitre 2, verset 4 :  « Ceux-ci   les enfantements des cieux et de la terre quand ils sont créés, le jour où YHAVH  Dieu fait une terre et des cieux ».

Quels sont ces enfantements ?  « Ceux-ci «  fait -il référence à ce qui précède ?  à ce qui suit ? « Cieux et terre » sont-ils un couple ?

Genèse 1  12-13 :  la terre fait sortir de l'herbe…de l'arbre fruitier faisant du fruit

Genèse 1 24 : Dieu dit que la terre fasse sortir un être vivant selon son espèce…

Genèse  1  14-16 : les luminaires dans le firmament des cieux,  création de Dieu, sont ils compris comme production, enfantement des cieux ? 

De la vie, de l'énergie vitale sont liées à la terre et aux cieux, et sont appelées « enfantements».  En effet il faut de la terre, de l'eau, de la lumière aussi pour que la vie se manifeste.

Le verset 4 semble une récapitulation de ce qui précède :  le projet divin concernant les cieux et la terre est réussi, « bon ».  Que va-t-il se passer pour la suite du projet divin ? après une vision générale, panoramique,  le texte porte son regard sur… le buisson du champ,  l'herbe du champ, la pluie,  l'adam,  l'adama, le façonnement de l'adam,  la plantation d'un jardin en Eden où Dieu met l'adam… l'auteur du texte imagine à présent comment ce qui est lié à l'adam et à l'adama a poussé, s'est concrétisé.

Verset 5  :  « Et tout buisson du champ n'est pas encore en la terre et toute herbe du champ ne pousse pas encore, car YHWH Dieu ne fait pas pleuvoir sur la terre, et d'adam point pour servir la adama.

Verset 6 : Et un flux monte de la terre et arrose toutes les faces de l'adama.

Au départ il y a du « pas encore », à la fois pour « le champ », nouvelle notion, et pour l' »adama » nommée en passant dans la première partie du récit au verset 25 :  « Tout remuement de l'adama ». est esquissé le décor où va se dérouler le récit dit du jardin d'Eden et du serpent ,  animal du champ (Gén 3, 1)

Car Dieu ne fait pas pleuvoir, il n'y a pas d'humain pour servir…annonce d'une collaboration entre Dieu et l'homme. Dieu qui fait pleuvoir sur la terre,  l'homme qui prend soin de l'adama.

Ce décor  correspond à l'observation  humaine :  nécessité de la pluie d'origine céleste, divine ici et du travail des hommes.

Une distinction est mise en place : entre la terre et la «adama ». comment traduire ce dernier terme, si proche de « adam » l'humain ? Et comment traduire « adam » ? Adam n'est pas l'homme « masculin »  ish en  hébreu,  qui apparaîtra en 2  23  à côté de isha la femme.  C'est en fait l'humanité mâle et femelle de 1 26, ou la différenciation entre homme et femme n'est pas encore opérée.

Adama n'est pas la terre (arets en hébreu)  mais une partie de la terre : le sol ?  la terre arable ? la glèbe ? l'humus (mot proche d'humanité) ? la terre humaine ?

Nous faisons le choix provisoire de garder adama et adam sans les traduire et de relever ce que la suite du texte dit de adama.

Au verset 6 : un flux se met à monter de la terre  et arroser toutes les faces de la adama. Quel est le sens de ce mot ed qu'on ne trouve qu'ici et dans un texte de Job ? une vapeur ? un flot ?  une inondation,  une crue du Nil ?  de l'eau pour la adama de toutes façons.

S'agit il, après la fécondité des cieux et de la terre, de celle de la adama  dans cette deuxième partie ? La adama est-elle un enfantement de la terre ?

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Un   participant, par ailleurs expert de la science médicale, continue de nous livrer sa réflexion, à l'issue de cette session  soulignant que  l'image donnée de Dieu par les rédacteurs inspirés ne cesse de s'affiner. 

"Les propos échangés entre nous à St Jacut continuent à faire des ronds lorsque je me réveille le matin. 

Ce matin donc, les deux premiers récits de la création se sont présentés à moi comme deux livres ouverts.

Et j'ai entrevu le premier récit comme la création vue par Dieu, vue du point de vue de Dieu, comme le projet de Dieu sur l'homme. Récit grandiose, sans accrocs, très Teilhardien, création débutée par tout ce qui n'est pas humain: cieux, nature, animaux dans un "jardin" qui n'est pas nommé car il est le monde entier, sans frontières. Et c'est bon. L'adam mâle et femelle arrive comme un couronnement. tout lui est donné et c'est très bon.

(un bien intense comme traduit Chouraki).

 

Le second récit me paraît tout autre et, ce matin, je le voyais comme la création vue par l'humain.

il commence par l'adam qui se met naturellement en tête. Il parle d'un Dieu qui le couve dans un jardin spécial avec frontière (le jardin opposé au champ) jardin assez maternel, tout cuit d'avance,   dont la sortie est aussi douloureuse qu'un accouchement (tiens? dans la douleur ?) Un papa prévient quand même que l'humain a besoin d'une limite et n'est pas tout puissant.

Les images sont très humaines.

Il y a un quartier protégé, super aménagé et bien sûr, un monde extérieur: le champ, d'où vient l'ennemi:le serpent ni mâle ni femelle et qui le montre.

Dans cette optique, le serpent ne serait pas création divine, mais sécrétion humaine affirmant que le danger vient de l'extérieur, des autres, des étrangers... Le serpent ne serait donc pas créé par Dieu...?

La suite des chapitres continue ainsi, comme vue par les humains.

Mais alors ? Dans ce second chapitre et les autres, si un Dieu existe, où se cache-t-il ?

C'est ce qui m'intéresse au plus haut point et tout compte fait, plutôt que de traquer la trace du serpent comme je disais à St Jacut, je préfère chercher le Dieu caché. C'est lui qui se cache plutôt que l'homme.

Je le vois dans le potier évoquant les adams à venir aussi nombreux que grains de poussière.

je le vois comme guide avisé, signalant les pièges que l'humain se dresse à lui même: piège de tout manger indistinctement, piège de se laisser coconner dans le jardin, piège de s'y enfermer et de se construire un mur qui le séparerait du champ, piège de nommer un empire du mal extérieur à lui etc...

Je le vois dans son souci de vêtir les humains, de toujours les accompagner,

de leur signifier que le jardin n'est pas "pour y rester", de les pousser dehors en poussant, en poussant..."encore encore encore" comme disent les sage femmes.

Le récit donne ici sa signature humaine qui accuse le géniteur de le "chasser" ("garas"=expulser)

Je le vois dans son souci de continuer à leur parler après la naissance, de protéger Caïn etc...

 

Le Dieu apparaît comme voilé dans tous les autres récits et ne va pas cesser de se dévoiler progressivement jusqu'à la fin qui se révèle être le vrai commencement avec la charnière de Jean baptiste.

 

Dans maints récits, les humains passent à côté de Dieu, se trompent sur lui et le trompent.

Un exemple entre mille: quand ils instrumentalisent l'arche d'alliance pour les faire triompher des philistins. Cela renforce les philistins qui prennent l'arche...et battent les hébreux.

Ainsi, l'image donnée de Dieu par les rédacteurs inspirés ne cesse de s'affiner, de se dégager de l'emprise du serpent qui, bien sûr n'est pas dans le champ (chez les autres) mais en chacun de nous...

 

Le "pourquoi" des deux récits accolés devient alors très clair:

Le premier dit Dieu qui est premier et que son projet sur l'humain est grandiose et "Très bon".

Le second récit et sa suite décrit ce que l'humain en fait... meurtre après meurtre.

Chaque meurtre entraînant une nouvelle création car Dieu ne lâchera jamais l'humain

 

Selon Chiara Lubich »Le monde est comme une  tapisserie, Dieu voit l'harmonie parfaite du dessus  et l'homme  ne voit que le dessous avec les nœuds. »J.O.

15.01.2010

 

 

 

  Lire les 2 commentaires | Ecrire un nouveau commentaire Posté le 05-01-2010 à 16h21


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